10-Vivre en PHYSICIEN, qu’est-ce-à-dire?

Combien de fois ai-je entendu : « La Physique, c’est vraiment compliqué, je ne m’y intéresse pas, parce que je n’y comprends rien ». La façon dont cette discipline est enseignée à l’école, en est-elle la cause ou est-ce la tendance naturelle de notre cerveau de chercher sa satisfaction dans ce qui demande le moins d’effort ?

Car en effet, le plaisir inné procuré par la manipulation de concepts non directement liés à la nécessité vitale manque parfois, et les aléas de l’existence ne contribuent pas toujours à aller vers la recherche d’un tel plaisir, qui pourtant peut être réveillé dans chacun d’entre nous. Oui, chacun d’entre nous aime la Physique, mais ne le sait pas toujours. Nous vivons, et souvent pensons, en Physicien mais ne le savons pas.

Mes arguments sont les suivants.

  • Notre corps est un système physique évoluant dans un environnement physique. Que nous ne le voulions ou pas, la loi de la gravitation universelle, se traduisant au quotidien par la pesanteur qui nous relie au sol, s’applique à tous.
  • Nous échangeons avec nos semblables et avec le milieu environnant au moyen d’ondes : le son, la lumière.
  • Et finalement toute notre existence est organisée autour des concepts d’énergie, d’espace, de temps, ces concepts fondamentaux de la physique dont nous avons une connaissance intuitive, mais qu’il serait vain de définir par d’autres mots.

On peut s’en tenir à ces constatations ou essayer d’aller plus loin, incité en particulier par notre besoin d’agir et de comprendre. Laissons de côté la trajectoire de l’Ingénieur ou du Technicien qui de toute évidence doit payer un lourd tribut à l’étude des lois physiques. Qu’en est-il des Autres, tous les Autres.

Commençons par celui ou celle [1] qui rechercherait le « bien-être » et/ou la « sagesse ». Cette recherche ne peut pas faire abstraction de la Physique. Bien des disciplines dites orientales, mais aujourd’hui mondialisées, comme le yoga, n’incluent-elles pas un ensemble d’exercices physiques visant une baisse des « tensions » (encore de la physique) indispensable à la sérénité de l’ « esprit », et donc du bien-être ?

Et puis il y a la discipline suprême, la « philosophie ». Une grande partie de l’histoire de la pensée humaine se cache derrière ce concept. Limitée pendant l’antiquité et les siècles qui ont suivi à une minorité libérée des contingences  matérielles, la « philosophie »  pourrait (et devrait) être l’apanage de tous. On devrait être initié dès le plus jeune âge, à « vivre en Philosophe » …. et c’est c’est le complément de l’attitude physicienne. Toute Philosophie qui ne s’appuierait pas sur la réalité physique me paraît vaine, juste une vue de l’esprit, qui souvent ne mène à rien …

Quelques POSTULATS pour une  « attitude physicienne »  (une vision personnelle susceptible d’évoluer).

  • L’Univers est UN et ÉTERNEL.
  • Nous ne pourrons pas accéder à la RÉALITÉ ultime ; notre représentation de cette réalité, restera toujours partielle et la vie telle que nous la connaissons aura disparu de ce coin de l’Univers avant qu’on ait pu toucher/imaginer la réalité « ultime ».
  • Nous ne pouvons pas non plus exprimer cette RÉALITÉ ultime car nos sens et notre imagination, notre langage sont limités. Pour nos sens, c’est évident ; nos instruments nous ont permis d’aller plus loin et interagir avec l’univers en utilisant des formes d’énergie que nous pouvons seulement imaginer.
  • Il est illusoire d’espérer pouvoir décrire le monde « réel » avec des mots uniquement. Nous le faisons parce que nous n’avons pas le choix. Les termes qu’utilisent les Physiciens peuvent-ils vraiment nous aider ? Un peu, mais avec des limites vites atteintes ….
  • Avec la Physique Quantique. Un changement de paradigme s’est produit dans les années 20 du 20ème siècle. L’attitude « non réaliste » s’est répandue dans le monde des Physiciens avec l’avènement de la Physique quantique : l’intuition basée sur l’observation à l’échelle macroscopique ne nous était plus d’aucune aide pour la description du monde microscopique, à l’échelle des constituants élémentaires de la matière. J’inclus dans la liste des POSTULATS, l’acceptation de cette attitude, même si le grand Albert lui-même n’y a pas été favorable.
  • Les modèles et théories actuelles sont incomplètes …. et le resteront. Cela a toujours été le cas et je ne vois pas pourquoi nous aurions atteint un niveau où tout serait expliqué. Au début du 20ème siècle déjà, l’idée qu’il ne restait plus grand-chose à découvrir faisait son chemin … puis est arrivé Albert Einstein …. Aujourd’hui il y une tendance à l’autre extrême : l’idée que la matière et l’énergie connue ( !) se serait qu’une faible partie de l’univers, semble partagée par beaucoup … matière noire et énergie sombre sont recherchées par les plus audacieux, une façon de repousser l’horizon de la connaissance au niveau le plus fondamental. Élucubrations de théoriciens (un peu trop, me semble-t-il) détachés de la réalité ? Revisiter les idées d’Einstein et d’autres autour de la non constance de la « constante cosmologique » suffit pour expliquer les fameuses observations des étoiles qui tournent trop vite dans leurs galaxies respectives , dixit la physique actuelle …. Le « mystique » n’est jamais très loin du « physique », qui se prétend non « métaphysique » …

A une échelle plus modeste, au sein des matériaux de notre quotidien, les problèmes non résolus sont innombrables, mais trop complexes pour nos adeptes de la matière noire … Sans même évoquer le comportement d’un paquet moléculaire, pas plus grand qu’un centième de micron, nommé SARS-CoV-2, qui met à genoux l’humanité toute entière en ce début de 2020 ….

  • Un autre POSTULAT : être Physicien c’est aussi, sinon être, au moins pratiquer, la « philosophie », c’est-à-dire ne pas hésiter à revenir régulièrement sur les grandes questions existentielles, en se penchant en particulier sur les idées développées par les grands penseurs qui ont laissé des traces et mettre en pratique dans le quotidien..
  • Last but not Least : la Physique c’est aussi le « physique, l’ « exercice corporel », le sport. Rien de tel pour mettre de l’ordre dans ses pensées, qu’une randonnée dans la nature.

[1] La langue française (et les autres d’ailleurs), fait la part belle au « masculin », le « mâle » ayant jusqu’ici injustement dominé la société ; la situation est heureusement en train de changer …. Je considère que la différentiation physiologique que «  la nature a bricolé » pour la reproduction, ne devrait pas être la cause d’une quelconque discrimination, nous avons tous une part de féminin et de masculin en nous.