06-D’un MONDE à un Autre

Ce qu’on sait

Comment aurons-nous la peau du coronavirus ? (France Culture – 21 avril 2020).
Le point avec l’épidémiologiste et biostatisticienne Catherine Hill et le chercheur Antoine Flahault, directeur de l’Institut de Santé Publique à l’Université de Genève.

Voyages en avion

Voyager en avion ne sera plus une partie de plaisir …
[Prendre l’avion va être très différent] – Forbes, 25 avril 2020
[A quoi va ressembler un voyage en avion] – Forbes, 14 mai 2020

Confinement : transition d’un monde à un autre

Ce lundi 11 mai 2020, en France, nous sommes sortis de l’espace limité à notre domicile sans risquer une amende, mais en prenant le risque de rencontrer l’ennemi sous la forme du premier humain rencontré. Le vrai ennemi, nommé SARS-CoV-2 est invisible mais tout humain rencontré, pourrait le véhiculer et nous le transmettre, pour autant qu’il(elle) ne soit pas affublé(e) d’un masque, [ Masque-les raisons d’en porter ] et ne s’approche pas à moins d’un mètre. Et tout cela pour une période indéterminée, l’immunité après confrontation au virus n’étant pas garantie, et le vaccin restant hypothétique (nous n’en avons toujours pas pour la grippe qui fait des millions de victimes chaque année). Et de toute façon il faudra bien 2 ans dans l’hypothèse très optimiste d’un vaccin efficace, pour que celui-ci soit largement disponible. En en attendant lavons nous les mains, puisque le savon d’après ce que nous dit la chimie, est la meilleure des armes, si l’ennemi a réussi à s’y accrocher.

Et donc des changements d’une ampleur inédite et inimaginable 3 mois plus tôt, pour toute personne ne pouvant pas encore se mettre en retraite de la vie sociale. Et pour le retraité sans obligation sociale, un dilemme bien difficile, car le plus grand service qu’il peut rendre à l’humanité, c’est de rester le plus possible à son domicile aussi longtemps que le risque d’infection n’aura pas disparu ….. A ce sujet, les moins jeunes d’entre nous peuvent nourrir leur réflexion par un article récent de deux bioéthiciens américains cités par Libération [Covid-19 – la réa jusqu’à quel âge ], personnellement j’adhère à l’heure point de vue. Ceci dit, cela reste une affaire de probabilité puisqu’une Espagnole de 104 ans, qui a attrapé le virus, s’en est sortie; elle avait déjà eu la grippe espagnole il y a un siècle! Pas de quoi désespérer donc.  
Tout ceci est quand même à l’opposé de ce que l’auteur de ces lignes avait imaginé pour occuper quelques années de retraite avec encore un peu de santé, à savoir voyager dans un maximum d’endroits pour rencontrer un maximum de personnes …. le voyage virtuel par écran interposé n’a pas le même charme que les contacts directs dans un espace commun sans des règles de distanciation.

Et donc un niveau d’I.P.A.D. élevé (IPAD= Incertitude-Peurs-Angoisse-Déceptions – pas encore Désespoir) élevé ….. pour tout humain à peu prés sensé. Un bon capital psychologique sera utile pour affronter la suite. Ensemble, nous arriverons bien à le faire baisser. « Il n’y a pas d’amour de vivre sans le désespoir de vivre » disait Camus.

Pour accepter les nouvelles contraintes sans tomber dans un désespoir stérile et destructeur, il faudra relativiser. Les changements vécus par le retraité sans obligation seront bien dérisoires à côté de ceux de la population active dont tous les actes quotidiens seront bouleversés, et encore plus dérisoires si on pense à l’enfer vécu par les personnels de santé. Et puis il y aura aussi tous les drames vécus par ceux qui y laisseront leurs emplois, et donc leurs moyens de subsistance; la crise sanitaire va se doubler d’une crise économique sans précédent.  Car en effet les conséquences de cette crise sanitaire pourraient être incommensurables à l’aune des évènements survenus à l’horizon des 100 dernières années : guerres mondiales du 20ème siècle, crise de 1929, pandémies récentes ……

Notre espoir à tous : que la guerre qui est menée actuellement par l’humanité toute entière contre un ennemi commun, et dont nous avons été les acteurs en acceptant les règles de confinement, se traduise par une victoire marquée par la disparition de Covid-19, suivie du retour des « jours heureux » pour une humanité rendue plus sage, ayant réfléchi pendant ce confinement, et désormais prête à modifier ses comportements pour affronter les autres grands dangers qui nous menacent à l’échelle d’une génération : le changement climatique, la disparition des espèces, l’épuisement des ressources, sans compter bien sur qu’une autre attaque virale finira bien par arriver, mais cette fois-là, nous serons préparés. Espoir prétentieux …. mais l’espoir aide à vivre. Peu de voix s’élèvent pour afficher les raisons de rester optimiste, mais il y en a (Five reasons to stay optimistic).  

Se resituer dans l’espace et dans le temps

La crise Covid-19 nous oblige à nous resituer dans le temps et dans l’espace. Certes
– le temps est notre prison en nous confinant dans un présent dont on ne peut s’échapper (un peu quand même par la pensée) mais
– l’espace est notre liberté, en être privé, c’est être emprisonné doublement.

Dans l’espace.

Notre espace a bien changé. Passer du jour au lendemain d’un espace à l’échelle de la planète, à un espace limité au domicile ….. incroyable au début de l’année, et pourtant … Et maintenant, il faut reconsidérer complètement notre relation à l’espace, passer d’une situation dans laquelle il n’y avait plus vraiment de frontière, à un espace qu’on pourrait représenter comme suit.

L’espace redécoupé par SARS-CoV-2

Espace O : Notre corps, difficile d’y échapper, un peu quand même grâce à notre imagination sans limite .

Espace 1 : Notre domicile, nous y avons passé 2 mois sans discontinuité. Bien heureux ceux d’entre nous qui s’y sont trouvé bien. Nous l’apprécions d’autant plus que nous pouvons nous en échapper de temps en temps. Le plaisir est aussi dans le retour .

Espace 2. Famille et amis. Le problème est que nos proches peuvent être répartis dans un espace immense dont les dimensions se mesurent en nombre d’heures d’avion et de frontières de pays à traverser. Et naviguer dans ce 2ème cercle va devenir compliqué; retrouverons nous bientôt les conditions du monde d’avant, difficile à dire …. Et puis, changement drastique, la distanciation : une bulle de 2 mètres de diamètre dans laquelle il faudra rester tout en gardant un masque sur le visage en cas de soupçon d’atteinte virale.

Espace 3. Celui des relations professionnelles, des interactions avec le grand public (magasins, restaurants, etc …). Là la plus grande précaution s’impose, voire même est imposée …. nous commençons à nous y habituer, mais quelle sensation étrange que de devoir être attentif à tout instant à rester dans sa « bulle », ne rien toucher de ce qui a pu être touché par quelqu’un d’autre dans les 3 jours précédents ….

Espace 4. Le reste du monde. Pour y accéder, il faut des avions et des frontières perméables …. et ça ce n’est pas pour tout de suite.

En attendant la fin de la crise, pour autant que ce n’est pas un monde de crise permanente, ponctuée par des périodes de confinements qui commence, vivons le présent, en interagissant le mieux possible avec nos proches, nos amis tout en élargissant les cercles autant que faire se peut.

Dans le temps.

Pour le temps, à priori nous n’avons pas le choix; à part vivre le présent que pouvons nous faire? Mais les humains (pour leur malheur ?) ont la faculté de s’imaginer dans le passé et de se projeter dans le futur. Mais devant une rupture de rythme comme celle que nous vivons, comment ne pas se repositionner. Avec la crise du Covid-19, la flèche du temps d’un humain pourrait se redessiner comme suit.

D’un Néant à un Autre: une trajectoire reconfigurée par le Covid. Un monde d’après, complètement chamboulé, avant un retour hypothétique de nouveaux « jours heureux », limités de toute façon par la barrière des 80 ans si le Covid guette toujours ….

1- Le « Monde d’Avant » : notre monde, jusqu’en février 2020, au moins en Europe, nous apparaissait plus ou moins stable. Certes il y avait eu une guerre « froide », la chute du mur de Berlin, la disparition de l’URSS, la transformation de la Chine et plus récemment la guerre en Yougoslavie, … mais rien de comparable avec ce que nos aînés ont vécu en 39-45. L’impression de « stabilité » s’est quand même fragilisée ces dernières année avec la montée du terrorisme, l’élection de Trump, le Brexit, et bien d’autres évènements. On attendait donc un peu une crise majeure, en relation avec l’accroissement des inégalités, les excès de la mondialisation, l’augmentation du nombre de pays en guerre, l’épuisement des ressources, et surtout les changements climatiques de plus en plus évidents et menaçants. Personne ne s’imaginait qu’un paysan chinois, en préparant son ragout de pangolin, allait se contaminer d’un virus encore inconnu, et le transmettre à l’humanité toute entière qui se retrouve aujourd’hui à genoux.

2. Le « confinement« . Inimaginable il y a peu : la moitié de l’humanité obligée, par conviction, ou au moins par la force de loi, de rester enfermée dans son domicile, pour laisser passer la vague en espérant que les services de santé, arriveraient à tenir tête. L’expérience d’une vie, qui nous l’espérons tous, n’aura pas à être renouvelée. Le bilan est dores et déjà effrayant, mais la réaction de l’humanité, si on fait abstraction des excentricités du Dr Trump, a été remarquable. Certes nous paraissons démunis face à ce corona virus et nos médecins et scientifiques, et nous tous avec eux, mesurons l’immensité de notre ignorance devant la complexité de la nature; cependant le progrès par rapport aux pandémies précédentes est palpable, l’internet a tenu et nous avons globalement résisté, pour autant qu’on puisse en juger avec les informations disponibles à la fin de la période.

3. Le « Monde d’après« . Le futur par définition est inconnu, mais en ce moment c’est un inconnu qui donne le vertige. Reconsidérer tous nos gestes et actions pour éviter la contagion …. abyssal. Et être prêt à repasser régulièrement par des phases comme celle que nous venons de vivre. L’adaptation prendra de longs mois …. la crise sera d’une violence que nous peinons à imaginer. Mais la capacité de résilience de l’humain est grande. Ce ne sera pas le grand effondrement, prophétisé sinon souhaité par quelques uns et n’accordons pas trop d’importance aux prédictions plus ou moins apocalyptiques trouvées ici ou là. De nouvelles périodes de confinement ne sont pas à exclure.

4. Et puis ce sera le retour aux « jours heureux » (JH) promis par notre Président; il n’est pas un visionnaire sans faille, mais le mieux à faire c’est d’espérer avec lui, en espérant quand même qu’il a vraiment appris aussi, et que son modèle centré sur la finance et la « croissance » sans fin sera révisé.

5. La barrière des « 80 » (B80). Et si le virus, tout en étant jugulé, reste actif et présent, il faudra être de plus en plus prudent à l’approche des « 80 ans » puisqu’à ce stade de notre vie le risque d’y passer est très grand, mais covid ou pas, il faudra bien un jour ou l’autre tirer sa révérence. Avec ce que nous vivons depuis 2 mois, nous avons bien intégré notre condition de mortel et nous avons ingurgité, pas seulement une myriade de petits plats et de gâteaux de plus en plus réussis, mais aussi suffisamment de nourriture philosophique pour vivre le présent avec l’intensité permise par l’interaction avec nos proches, nos amis et le reste de l’humanité avec laquelle nous venons de partager un moment unique.

Pandémie : une surprise vraiment ?

Les amateurs de science-fiction ne sont sans doute pas surpris s’ils ont lu [ « L’année du lion« ] de l’écrivain sud-africain Deon Meyer qui avait prévu en 2017 un scénario type Covid-19. Dans son roman, 90% de l’humanité disparaissait ! On en est loin, heureusement, la réalité n’a pas (encore) dépassé la fiction.

Les responsables politiques n’auraient pas dû non plus être surpris; la menace était bien connue et les experts avaient souligné dans moult rapports les faiblesses des systèmes de santé [ NHS-2019 ] mondial. Mais quel politicien écoute des experts en dehors des périodes de crise ? Et puis dans les pays, comme la Chine, quand un médecin alerte sur l’épidémie qu’il voit démarrer, on le met en prison; cela n’a pas aidé dans la réponse à donner.

Nous avions aussi entendu les prédictions du visionnaire Bill Gates que nous avons tous contribué à enrichir, mais dont le discours de 2015 [ lien ], quand on le réécoute aujourd’hui, est sidérant. A l’époque, on a dit que c’était une initiative pour dynamiser le business de ses amis de l’industrie pharmaceutique. Un peu sans doute, mais c’était bien vu quand même.

L’histoire des épidémies qui ont frappé l’humanité est impressionnante. Les plus récentes nous ont plus ou moins marqué (SRAS, Sida, Chikungunya, Ebola, Zika, …. ), sans pour autant nous préparer à que nous vivons en 2020.

Ce qui change

A première vue TOUT va changer.

• Pour beaucoup, il s’agira tout simplement de (re)trouver un emploi, dans un domaine où l’activité se poursuivra.

• Notre aspect et nos mouvements : un masque sur le visage et le souci constant de la distance de l’autre, tout en évitant de toucher ce que l' »Autre » a touché ….. un cauchemar

• Voyager ne fera plus rêver. La facilité de propagation du coronavirus dans un avion est facile à imaginer … Qui aura envie de prendre l’avion ou de s’inscrire pour une croisière avec ce qui nous arrive? Un vaste pan de l’activité économique et des échanges internationaux qui s’écroule….

Réflexions sur la période de confinement

Personne sans doute n’aurait pensé devoir vivre une telle expérience, et pourtant l’expérience a été partagé par la moitié de l’humanité, une Première.

• Ce confinement, plongeon dans un avenir plus imprévisible que jamais, aura été
– un cauchemar pour les personnels de santé, soldats sous équipés et mal protégés pour une guerre aux contours flous et changeants. De mauvaises conditions par manque d’anticipation des gouvernants, par le cynisme d’un système qui a voulu tout optimiser dans le but principal de satisfaire des « actionnaires ».
– un grand chamboulement pour ceux qui ont du, du jour au lendemain, transformer un logement, souvent exigu, en lieu de travail, d’éducation des enfants, sans pouvoir s’échapper quand la tension était trop grande.

• une opportunité pour quelques uns (par exemple les retraités en bonne santé) qui ont pu passer un peu plus de temps que d’habitude, à réfléchir, méditer, lire, écrire, apprendre… l’univers numérique offrant des possibilités illimitées …

Quelques faits marquants (parmi une infinité d’évènements inédits) 

  • un Président (Trump aux États-Unis) qui appelle « son » peuple à la rébellion contre les mesures de confinement sanitaire mis en place par les gouverneurs de certains états et qui propose de faire ingurgiter de l’eau de Javel aux malades; d’ailleurs parmi les évènements marquants à venir, il y a le 3 novembre, date à laquelle on saura si les États-Unis décideront de changer ou pas de président. S’ils ne le changent pas, le monde sera encore plus imprévisible.
  • un autre Président (Bolsonaro au Brésil) d’un pays qui participe à une manifestation contre le confinement et la distanciation sociale, mis en place  par les gouverneurs et les maires de son propre pays, visant à enrayer la propagation du coronavirus qui a fait plus de 2500 morts et plus de 40.000 contaminés (20avril)
  • Il convient de souligner l’amour particulier pour son peuple du Président des Philippines qui a demandé à ses policiers de tirer sur ceux qui braveraient l’interdiction de sortir, bien entendu pour mieux les protéger du virus.

Un coup de chapeau particulier :

  • au Premier Ministre britannique qui a tenu, en Jésus-Christ des temps modernes, à passer par les affres des malades du Covid-19 pour témoigner de son empathie à ses compatriotes malades. 

  Par contre, honte :

  • au roi de Thaïlande qui s’est enfermé dans un hôtel de luxe en Allemagne, avec sa suite et une dizaine de concubines.
  • au président de Syrie, qui offre à Madame, un tableau à 27 millions d’euros pour décorer une pièce de l’un de ses palais [lien ]
  • ….. il y en a certainement beaucoup d’autres ….

Enfin un signe inquiétant , qui montre que les tentatives d’un retour aux travers de l’ancien monde vont rapidement se manifester :

• le MEDEF
– qui s’adresse au gouvernement pour lui signifier qu’il convient d’oublier les contraintes environnementales pour faire repartir l’économie
– et crie haut et fort qu’il faudra travailler beaucoup pour relancer l’économie ….. tous les sans-emplois sont évidemment d’accord … s’ils retrouvent un emploi.